pierre gaudu / photographies

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dimanche 5 février 2017

jour de pluie

parc du musée de Grenoble
sculpture de Arthur Honegger (détails)  


de ma fenêtre

mardi 10 janvier 2017

jeudi 5 janvier 2017

un texte de Philippe GONNET

Pierre Gaudu, « poète visuel »


Car écrire sur Pierre Gaudu, c’est en quelque sorte vouloir saisir l’insaisissable, coucher sur le papier ce qui ne relèverait ni de l’encre ni des caractères, évoquer – et non pas cerner… – ce qui confine fondamentalement à l’indicible.

Passe déjà qu’il s’appelle Pierre-François Gaudu ; mais l’expression de ce plasticien, qui aura éprouvé bien des styles de peinture, de dessin comme de photographie, paraît s’évaporer à chaque changement de grammaire, dans l’incandescence de son accomplissement.

Qu’il dessine ou qu’il peigne, voire – surtout ?... – qu’il photographie, Gaudu semble se consumer dès lors qu’il atteint cette perfection à laquelle il tendait depuis si longtemps, de toute éternité ; et qui s’échappe d’autant plus vite et d’autant plus loin qu’elle se révèle pleine et aboutie, loin de toute séduction.

Car il y a tout à la fois quelque chose de l’enfantement et de la noyade chez Gaudu, qui ne peut « faire » qu’en se livrant jusqu’à l’extrême, jusqu’à la disparition, jusqu’à se laisser absorber par son œuvre – quelque forme revêtît-elle.

Paradoxalement – car leurs mondes n’ont apparemment rien à voir… –, Gaudu fait parfois philosophiquement penser à Magritte, peintre d’une extraordinaire technicité, qui regrettait que la poésie se limitât aux seuls mots.

Il y a assurément de cela chez Gaudu, besogneux de l’absolu, artisan de la (grande…) communion, messie de la particule, plus particulière qu’élémentaire.

C’est tout cela Gaudu ; ou plutôt tout Cela, en ce que tous ces « cela » cultivent le même essentiel plastique, la même quête de beauté, le même cheminement spirituel.

Car il y a enfin quelque chose de profondément christique – au sens le plus laïc possible… – chez cet homme cherchant la rédemption universelle dans le saisissement d’un souffle, voire de l’absence d’un souffle.

Cette âme fugace a en effet élu domicile dans la beauté de ce que l’on ne voit pas, de ce qui ne saurait s’appréhender, comme si Gaudu arrivait enfin, plus de quarante ans après sa première composition, à ce statut de « poète visuel » qu’il aurait inventé. Et surtout mis au point !

Qui se souvient, mieux que Gaudu, qu’en grec ancien poiéô signifiait créer, engendrer, et Poiêsis… la Genèse ?


Philippe GONNET

décembre 2016

samedi 31 décembre 2016

très belle année 2017 à celles  et ceux qui s'aventurent par ici...

le petit sentier qui longe la maison d'Olivier Messiaen


lundi 12 décembre 2016

un texte de Didier Pobel sur son blog  
à propos de mon expo "le sentier d'Ophélie"



Qu'on ne se méprenne pas, cette enseigne, située pas très loin de la gare de Grenoble, n'est pas inspirée du chef-d'œuvre de Giono. Non pas Colline mais Col'inn. Il doit bien y avoir une explication à cette elliptique appellation, mais peu importe. De quoi s'agit-il? D'un espace de "coworking". Même les moins familiers de la langue de Shakespeare auront grosso modo compris qu'on désigne ainsi une plateforme de travail partagé, un endroit où l'on peut louer un bureau pour un temps déterminé. Bref, nullement, à première vue, un lieu propice à des expositions.   

Mais méfions-nous des idées reçues. Depuis son ouverture, "Col'inn"  (1) prête très régulièrement ses murs à des artistes. Pierre Gaudu est presque un habitué et c'est cette fois-ci son "Sentier d'Ophélie" qu'il nous propose de suivre. L'invitation est d'abord géographique. Il faut, au moins par l'imagination, se hisser un peu plus haut. Dans le Vercors. Au bord d'un impétueux torrent nommé le Bruyant que notre marcheur contemplatif a découvert en 2002. Et cent fois visité depuis. "Quatorze ans plus tard [il] reste l'un de mes rendez-vous préférés. C'est le lieu le plus proche de mes pensées mélancoliques, traversées de soudaines et riantes percées lumineuses", confie-t-il dans le propos liminaire du catalogue (2).

Impossible d'en douter en découvrant les photos que celui qui est aussi un dessinateur et peintre talentueux - l'exposition en atteste également - en a rapportées. Des images sauvées in extremis du péril de l'ombre. Des instants arrachés à l'éphémère qui bouillonne sur les trop lisses pierres millénaires. Ici une branche retient le jour comme un secret. Là une rose flotte dans les tourments d'un fugitif sanctuaire d'écume. Ailleurs, une infime libellule capte toute la fragilité d'une passion ailée. Quand elle ne mêle pas sa salive aux éléments, la rivière peut receler des reflets verts de prairie d'enfance ou des tourments fiévreux de peau sous la caresse. Rarement, se dit-on, l'expression "l'eau à la bouche" aura aussi bien trouvé son sens.

On en oublierait presque la référence à Ophélie. D'ailleurs, qui est-elle exactement cette représentation on imaginaire dans les photos de Gaudu? La noyée shakespearienne en qui se mire la folie d'Hamlet? Le "grand lys" du poème de Rimbaud "glissant sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles"? Ou la vaporeuse gisante du peintre britannique John Everett Millais reproduite, cheveux épars et yeux ouverts, sur la couverture d'un vieux volume du Lagarde et Michard? Tout cela à la fois, à l'évidence. À moins qu'Ophélie, fascinante incarnation du bruyant silence des émois, ne soit avant tout, pour Pierre Gaudu, qui ne cesse de converser avec sa propre solitude peuplée de rêves liquides, la fantasque figure aimée flottant à la surface du temps sans jamais couler tout à fait. 
  
Didier POBEL
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1) "Le sentier d'Ophélie", 22 photos inédites de Pierre Gaudu, peintures & dessins, jusqu'au 18 décembre à l'espace Col'inn 34, avenue Félix-Viallet, 38000 Grenoble (09 80 81 36 99).  

2) Pour se procurer le catalogue, on peut contacter l'artiste à cette adresse : pierre-gaudu@orange.fr